
Kassidy était une fée de la Forêt enchantée, mais pas n’importe laquelle. Ses ailes brillaient comme des feuilles mouillées au soleil, et pourtant elle se cachait souvent derrière une fougère dès qu’on la regardait trop longtemps. Kassidy était douce et empathique, capable de sentir la tristesse d’un écureuil rien qu’en entendant son petit « tchip ». Mais elle avait aussi un défaut : elle doutait de sa magie.
« Et si je rate ? Et si j’abîme quelque chose ? » murmurait-elle souvent.
Ce matin-là, la forêt avait une odeur de miel et de mousse. Les champignons faisaient des ronds parfaits, comme des tables de banquet pour les lucioles. Kassidy venait d’allumer une minuscule lueur au bout de sa baguette, juste pour vérifier que tout allait bien. La lueur tremblotait, comme si elle était aussi timide qu’elle.
Un bruit de pas pressés froissa soudain les feuilles. Une Peluche déboula entre deux troncs, essoufflée. Elle avait l’air d’un petit ours en tissu, mais ses yeux de boutons brillaient d’une vie étonnante. Elle portait autour du cou un ruban bleu un peu effiloché.
« Kassidy ! Kassidy ! » cria Peluche. « J’ai besoin de toi ! »
Kassidy sursauta et faillit éteindre sa lueur.
« Peluche ? Qu’est-ce qui se passe ? »
Peluche s’arrêta net et posa ses pattes sur ses hanches, comme un adulte très sérieux… sauf qu’un peu de paille dépassait de son ventre.
« Les couleurs de la forêt disparaissent par endroits. Regarde ! »
Elle montra du doigt une partie du chemin : une fougère entière était devenue grise, comme si quelqu’un avait oublié de la peindre. Même les gouttes de rosée semblaient ternes, presque transparentes.
Kassidy sentit une petite boule froide dans son ventre.
« C’est… étrange. Je n’ai jamais vu ça. »
Peluche hocha la tête, ses oreilles en tissu rebondissant.
« La Princesse l’a vu aussi. Elle est dans la clairière du vieux chêne. Elle dit que c’est un problème grave. »
Quand Peluche prononça « grave », un merle passa au-dessus d’elles en lançant un cri inquiet. Kassidy prit une grande inspiration. Elle aurait préféré rester près de son coin de fleurs, mais la forêt était sa maison, et si sa maison perdait ses couleurs…
« D’accord, allons voir la Princesse, » dit Kassidy d’une voix plus ferme qu’elle ne s’y attendait.
Elles suivirent un sentier qui semblait se tortiller exprès pour les faire marcher plus longtemps. Les arbres, d’habitude bavards, chuchotaient à peine. À certains endroits, le vert devenait pâle, comme un dessin qu’on efface.
Dans la clairière du vieux chêne, la Princesse attendait. Elle n’était pas une princesse de château avec une couronne lourde. Non : elle portait une cape de pétales et une couronne tressée de brindilles dorées. Ses yeux étaient vifs, et elle avait ce genre de posture qui fait que même les lapins se tiennent plus droits.
« Kassidy, » dit la Princesse, « je suis contente que tu sois venue. »
Kassidy s’inclina un peu, maladroite.
« Je… je vais essayer d’aider. »
La Princesse montra une pierre au centre de la clairière : une pierre habituellement couverte de lichen argenté, mais qui était désormais toute grise.
« Chaque fois que cette tache de gris s’étend, la forêt devient plus silencieuse. Comme si sa chanson s’arrêtait, » expliqua-t-elle.
Peluche ajouta, en chuchotant comme si le gris pouvait l’entendre : « On dirait qu’on a aspiré la peinture. »
Kassidy posa sa main sur la pierre. Elle sentit une froideur étrange, pas seulement froide comme l’hiver : froide comme une absence.
« C’est un sort ? » demanda Kassidy.
La Princesse fit oui avec sérieux.
« Un sort ou une mécanique. Quelque chose agit. » Elle se pencha vers Kassidy. « Et j’ai entendu une rumeur : un Jouet rôde dans la forêt. »
Kassidy ouvrit de grands yeux.
« Un jouet ? Comme Peluche ? »
Peluche renifla.
« Hé ! Moi je suis une Peluche très respectable. Le Jouet dont elle parle n’est pas comme moi. On dit qu’il grince et qu’il claque, qu’il veut tout régler à sa façon. »
La Princesse poursuivit : « Il attire les couleurs comme un aimant. Si c’est vrai, il faut le trouver. Mais on ne part pas sans plan. »
Kassidy sentit sa timidité se réveiller. Elle avait peur de se tromper, peur de faire pire. Pourtant, en regardant la pierre grise, elle ressentit aussi de la compassion, comme si la forêt elle-même avait besoin d’un câlin.
« Quel plan ? » demanda-t-elle.
La Princesse sourit légèrement.
« Nous devons rassembler des lueurs de couleur. Les anciennes histoires disent que les couleurs de la Forêt enchantée sont tenues ensemble par des filaments de lumière. Si quelque chose les arrache, il faut les retisser. Et pour retisser, il faut des ingrédients : des étincelles de rouge de baies, un souffle de vert de mousse, une goutte de bleu d’une source claire… et surtout, le conseil de l’Enfant de la lune. »
À ce nom, même l’air sembla frissonner.
Kassidy connaissait l’Enfant de la lune de réputation : une personne mystérieuse qui apparaissait quand le ciel hésitait entre le jour et la nuit. Certains disaient qu’il connaissait les secrets des ombres, d’autres qu’il parlait aux étoiles comme à des amis.
Peluche fit un petit geste de bravoure : elle gonfla son torse… ce qui fit couiner un fil.
« On y va ! » déclara-t-elle.
Kassidy eut un petit rire, malgré l’inquiétude.
« D’accord. Mais où trouve-t-on l’Enfant de la lune ? »
La Princesse leva la main vers l’est, là où les arbres se faisaient plus serrés.
« Vers le Passage des Brumes. À la tombée du jour, il apparaît près du ruisseau qui réfléchit le ciel. »
Elles partirent toutes les trois. La Forêt enchantée changeait autour d’elles : plus elles avançaient, plus l’air devenait humide, et les racines ressemblaient à des doigts qui sortaient du sol. Parfois, un écureuil passait, mais sans sa queue rousse : elle était devenue grisâtre, et il regardait le monde comme s’il avait perdu quelque chose.
« Ça me donne envie de pleurer, » murmura Kassidy.
La Princesse posa une main sur son épaule.
« Alors transforme cette envie en action. L’empathie est une force quand on s’en sert pour protéger. »
Kassidy acquiesça. Elle se répéta ces mots comme un petit chant.
Au bout d’un moment, elles arrivèrent près d’un buisson de baies rouges. Kassidy tendit les doigts et fit tournoyer sa baguette.
« Des étincelles de rouge… » dit-elle.
Mais sa magie trembla. Une petite flamme apparut, puis disparut.
Peluche s’approcha.
« Tu sais, Kassidy, parfois moi aussi je me sens… pas assez. J’ai une couture de travers, et une oreille un peu plus basse. Et pourtant, quand un enfant me serre, je suis exactement ce qu’il lui faut. Peut-être que ta magie n’a pas besoin d’être parfaite. Elle a besoin d’être sincère. »
Kassidy regarda Peluche, surprise par la sagesse d’un ours en tissu.
« Merci, » souffla-t-elle.
Elle recommença, plus calmement. Elle pensa aux baies comme à de petites lanternes. Cette fois, des étincelles rouges sautèrent doucement dans une fiole de verre que la Princesse avait apportée.
« Une couleur ! » s’exclama Peluche.
« Bien, » dit la Princesse. « Maintenant le vert. »
Elles prirent un peu de mousse sur une pierre. Kassidy posa sa paume dessus, ferma les yeux, et imagina la forêt respirer. Un léger souffle vert, comme une brume lumineuse, se glissa dans une seconde fiole.
« Et le bleu ? » demanda Kassidy.
La Princesse les conduisit vers le ruisseau. L’eau était claire, mais à certains endroits, elle aussi semblait se décolorer. Kassidy plongea un doigt, frissonna, puis souffla très doucement, comme on souffle sur une soupe trop chaude. Une goutte bleue se détacha de la surface, ronde comme une bille.
« On l’a ! » dit Peluche. « On va pouvoir retisser les couleurs ! »
« Pas encore, » répondit la Princesse. « Il manque le plus important : le conseil de l’Enfant de la lune. Sans lui, on risque de tisser à l’envers. »
Le jour commençait à décliner. Entre les branches, le ciel devenait violet. La brume glissa entre les troncs comme un chat silencieux.
Alors, près du ruisseau, une silhouette apparut. Un enfant, ou presque : sa peau semblait éclairée de l’intérieur, et ses cheveux avaient la couleur des nuages. Ses yeux reflétaient la lune, même si elle n’était pas encore levée.
Peluche recula d’un pas, impressionnée.
La Princesse salua avec respect.
« Enfant de la lune, nous avons besoin de toi. La forêt perd ses couleurs. »
L’Enfant de la lune regarda l’eau, puis la mousse, puis les fioles dans les mains de Kassidy.
« Je le sais, » dit-il d’une voix douce. « Quelqu’un récolte la couleur comme on récolte des pommes. Et il n’en laisse pas pour les autres. »
Kassidy serra les fioles.
« Est-ce le Jouet ? »
L’Enfant de la lune hocha la tête, lentement.
« Un Jouet mécanique, oublié au fond d’un coffre, qui a rêvé d’être admiré encore. Il grince parce qu’il a froid. Il vole la couleur pour briller, mais plus il en prend, plus il se vide. »
Peluche fronça ses yeux de boutons.
« Donc il fait une bêtise énorme pour se sentir important. Classique. »
La Princesse reprit : « Comment l’arrêter ? »
L’Enfant de la lune se pencha et traça un cercle sur le sable humide.
« Il faut lui montrer qu’il n’a pas besoin de voler pour être vu. Mais il ne vous écoutera pas si vous arrivez avec des reproches. Il vous écoutera si vous lui offrez une réparation. »
Kassidy cligna des yeux.
« Une réparation ? Comme… le réparer vraiment ? »
« Oui, » répondit l’Enfant de la lune. « Son cœur est une petite boîte à musique fêlée. Elle fait un son cassé. Si vous la réparez, il pourra produire sa propre lumière au lieu d’aspirer celle des autres. »
La Princesse réfléchit.
« Et où est-il ? »
L’Enfant de la lune leva le doigt vers une partie sombre de la forêt, là où les arbres se penchaient comme des vieux secrets.
« Dans la Galerie des Racines, une grotte formée par les racines d’un arbre géant. Mais attention : il a fabriqué des pièges. Il n’est pas méchant par plaisir, il est méfiant. »
Peluche fit craquer ses pattes comme si elle se préparait à un combat.
« Des pièges ? J’adore. Enfin… non. Je déteste. Mais j’adore les détester. »
Kassidy sourit. Puis elle sentit une chaleur déterminée monter en elle.
« Je peux le faire, » dit-elle doucement, plus à elle-même qu’aux autres.
L’Enfant de la lune la regarda.
« Ta magie répond à ton cœur. Si tu viens pour réparer, pas pour vaincre, elle sera stable. »
Avant de disparaître, il tendit un petit sachet de poudre argentée.
« Ceci est de la poussière de clair de lune. Elle montre les choses cachées. Utilise-la avec prudence. »
Kassidy prit le sachet avec gratitude.
La nuit tombait quand elles atteignirent la Galerie des Racines. L’entrée ressemblait à une bouche, et de fines racines pendaient comme des moustaches. Un air froid soufflait de l’intérieur.
Peluche chuchota : « On dirait que la forêt retient son souffle. »
La Princesse leva le menton.
« Restons ensemble. Kassidy, tu guides avec ta lumière. Peluche, tu repères les dangers. Moi, je parle si le Jouet se montre. »
Kassidy alluma sa petite lueur. Elle était plus stable qu’au matin. Elle entra.
À l’intérieur, des cailloux formaient un chemin… mais certains étaient trop bien alignés.
« Piège, » chuchota Peluche, qui avait l’œil pour les détails. « Le caillou là, il bouge. »
Kassidy sortit un peu de poussière de clair de lune et en saupoudra l’air. Des fils presque invisibles se révélèrent, tendus entre les racines.
« Wouah, » souffla Peluche. « Ça brille ! »
« Ne touche pas, » dit la Princesse.
Kassidy fit une petite vague de sa baguette. Les fils se détendirent, comme si on desserrait une ceinture trop serrée.
Plus loin, un bruit de cliquetis résonna. Un jouet apparut dans l’ombre : une poupée mécanique aux yeux peints, avec une clé dans le dos. Son visage était joli, mais figé. Sur ses bras, des taches de couleur volée scintillaient, comme des rubans lumineux.
« Vous ne prendrez pas mes couleurs ! » grinça le Jouet.
Peluche se plaça devant Kassidy, très protectrice malgré sa taille.
« Tes couleurs ? Tu les as prises à la forêt ! »
Le Jouet claqua des dents, littéralement : on entendit un petit « tac-tac ».
« La forêt m’a oublié. Personne ne joue avec moi. Alors j’ai trouvé un moyen. Quand je brille, on me regarde. »
La Princesse s’avança, sans peur.
« Nous te regardons, » dit-elle calmement. « Et nous voyons que tu souffres. »
Le Jouet hésita. Ses yeux peints semblaient moins durs.
Kassidy sentit son empathie se réveiller fort, comme une lumière dans sa poitrine. Elle s’approcha d’un pas.
« Tu as froid, hein ? » demanda-t-elle doucement.
Le Jouet recula, méfiant.
« Je n’ai pas froid. Je suis… je suis solide. »
Mais son grincement trahissait le contraire.
Kassidy sortit les trois fioles.
« Nous n’avons pas venu pour te punir. Nous voulons réparer. L’Enfant de la lune nous a parlé de ton cœur, une boîte à musique fêlée. Si tu nous la montres, je peux essayer de la soigner. »
Le Jouet éclata d’un rire qui sonnait comme deux cuillères qui s’entrechoquent.
« Toi ? Une petite fée qui tremble ? »
Kassidy sentit sa timidité piquer, mais Peluche lui donna un léger coup d’épaule.
« Elle tremble peut-être, » dit Peluche, « mais elle avance quand même. Moi, j’ai même perdu un bout de rembourrage en courant, et je suis toujours là. »
La Princesse ajouta : « Le courage, ce n’est pas l’absence de peur. C’est choisir la bonne chose malgré la peur. »
Le Jouet les regarda toutes les trois. Son corps cliqueta, indécis. Puis, lentement, il tourna la clé dans son dos. Son ventre s’ouvrit comme un petit coffret. À l’intérieur, une minuscule boîte à musique était là, fissurée. Un son sortit : une mélodie cassée, triste.
Kassidy inspira.
« Je vais utiliser les couleurs comme fil, » dit-elle.
Elle versa une étincelle rouge sur la fissure : elle devint un trait chaud, comme un point de couture. Puis un souffle vert, qui s’étala comme une feuille qui recouvre une déchirure. Enfin, elle posa la goutte bleue, qui glissa dans la fente et la remplit, calme comme de l’eau.
Le Jouet trembla.
« Ça… chatouille, » gronda-t-il.
Peluche pouffa.
« C’est la première fois que j’entends un jouet dire que la réparation chatouille. »
Kassidy sourit, mais elle n’avait pas fini. Elle prit un peu de poussière de clair de lune et souffla dessus. La poudre argentée se posa sur la boîte à musique comme une fine neige. La fissure se referma complètement.
La mélodie changea. Elle devint claire, ronde, jolie. La grotte sembla s’éclairer d’un éclat doux.
Le Jouet resta immobile, puis sa voix perdit son grincement.
« Je… j’entends mon propre son, » murmura-t-il.
La Princesse pencha la tête.
« Et maintenant, peux-tu rendre ce que tu as pris ? »
Le Jouet regarda ses bras scintillants, puis la forêt grise dehors.
« Oui, » dit-il, presque honteux.
Il ouvrit les mains. Les rubans de couleur volée se détachèrent, comme des papillons. Ils traversèrent la grotte et filèrent entre les racines, vers l’extérieur.
Kassidy, sentant la magie dans l’air, leva sa baguette.
« Je vais les guider, » dit-elle.
Elle fit un grand geste circulaire. Les couleurs se dispersèrent : le rouge retourna aux baies, le vert à la mousse, le bleu au ruisseau. Même les pierres reprirent une nuance chaude. Dehors, un oiseau lança un chant plus clair, comme s’il venait de retrouver sa voix.
Peluche applaudit, ses pattes en tissu faisant un bruit doux.
« Kassidy, tu as fait ça ! »
Kassidy cligna des yeux, surprise de sentir des larmes… mais des larmes de soulagement.
« On l’a fait, » corrigea-t-elle.
Le Jouet baissa la tête.
« Je suis désolé. Je voulais juste… compter. »
La Princesse s’approcha et posa doucement sa main sur son épaule rigide.
« Tu comptes. Mais tu compteras encore plus si tu aides au lieu de prendre. »
Peluche s’avança à son tour.
« Et puis, si tu veux qu’on te regarde, tu peux apprendre à faire des tours. Moi, je sais rouler sur le côté sans tomber… enfin, presque. »
Le Jouet eut un petit rire, cette fois léger.
Ils sortirent de la Galerie des Racines. La Forêt enchantée semblait respirer à nouveau. Les fougères redevenaient vertes, les fleurs retrouvaient leurs couleurs, et le chemin reprenait sa teinte dorée.
Dans la clairière du vieux chêne, quelque chose les attendait : au pied de l’arbre, un coffret de bois, tout simple, que Kassidy n’avait jamais vu.
L’Enfant de la lune était là, assis sur une branche basse, comme s’il avait toujours été là.
« La forêt remercie ceux qui réparent, » dit-il.
La Princesse ouvrit le coffret. À l’intérieur, il y avait une petite broche en forme d’aile, faite de cristal coloré. Elle scintillait avec les trois couleurs mélangées, et au centre, une pointe d’argent rappelait le clair de lune.
« C’est pour toi, Kassidy, » dit la Princesse. « Un insigne de Tisseuse de Couleurs. »
Kassidy porta la broche. Dès qu’elle la fixa sur sa tunique de pétales, elle sentit sa magie se poser, comme si elle avait trouvé un rythme.
Peluche s’approcha du coffret et fouilla un peu, très sérieuse.
« Et moi ? » demanda-t-elle, le museau froncé. « Je suis une héroïne aussi. »
Tout le monde la regarda, et même le Jouet eut un sourire.
L’Enfant de la lune tapota le fond du coffret. Un petit grelot en argent en sortit.
« Pour Peluche, » dit-il. « Pour que l’on entende son courage arriver avant même qu’on le voie. »
Peluche accrocha le grelot à son ruban bleu. Il fit un petit « ding » joyeux.
« Parfait, » annonça-t-elle. « Comme ça, même si je me perds, je me retrouverai au bruit. »
Le Jouet, un peu inquiet, demanda : « Et moi ? Je n’ai pas le droit à un cadeau ? »
La Princesse réfléchit, puis prit une couronne de brindilles sur sa propre tête et la réajusta pour en faire une plus petite.
« Ton cadeau, c’est une place, » dit-elle. « Tu vas venir au bord de la clairière. Les enfants de la forêt, les lutins, les oiseaux… ils aiment la musique. Tu joueras ta boîte à musique les soirs de fête. »
Le Jouet posa la petite couronne sur sa tête. Elle semblait ridicule… et en même temps, touchante.
« Je jouerai, » dit-il. « Et je ne volerai plus. »
La nuit s’installa complètement. La lune monta, ronde et paisible. Les lucioles s’allumèrent comme des étoiles descendues exprès.
Kassidy regarda ses amies : Peluche, la plus drôle et la plus fidèle, qui faisait tinter son grelot à chaque pas ; la Princesse, droite et juste, qui savait diriger sans écraser ; et l’Enfant de la lune, mystérieux mais bienveillant.
Kassidy se sentit différente. Pas parce qu’elle n’avait plus peur, mais parce qu’elle savait quoi faire quand la peur arrivait : respirer, demander de l’aide, et se rappeler qu’elle voulait réparer.
Avant de partir, l’Enfant de la lune lui dit encore :
« Quand la forêt changera, quand les couleurs vacilleront, tu sauras maintenant comment tisser. »
Kassidy toucha sa broche et hocha la tête.
« Je suis prête, » dit-elle.
Et dans la Forêt enchantée, les couleurs dansèrent de nouveau, comme si elles faisaient une promesse : tant qu’il y aurait des cœurs prêts à réparer, la magie ne s’éteindrait pas.