
Dans la forêt enchantée, les feuilles chuchotaient doucement. Les champignons faisaient des petits ronds comme des tabourets. Et, tout en haut d’un grand chêne, vivait Lilyana, une fée.
Lilyana était petite, avec des ailes qui brillaient comme des bulles. Elle était très gentille. Un peu timide aussi. Parfois, elle avait peur de se tromper avec sa magie. Alors elle respirait fort et disait : « Je peux le faire, doucement. »
Ce matin-là, Lilyana voulait accrocher sa Clochette-Arc-en-Lumière à sa fenêtre. C’était sa chose préférée. Quand on la secouait, elle faisait pling-pling, et un petit rayon coloré glissait sur les murs.
Mais… la clochette avait disparu.
Lilyana ouvrit grand les yeux. Elle fouilla sous une feuille, sous un pétale, dans une tasse en noix. Rien.
« Oh non… » murmura-t-elle.
Un petit bruit répondit : scritch, scritch.
Une souris sortit d’un trou, avec des moustaches frémissantes. Elle portait une mini écharpe en fil d’herbe.
« Coucou ! Je m’appelle Grignotte, » dit la souris. « Tu as l’air toute chiffonnée. »
Lilyana se pencha. « Ma Clochette-Arc-en-Lumière est perdue. Sans elle, ma fenêtre est triste. »
Grignotte tapa du pied, très décidé. « On va la retrouver ! Je suis petite, je passe partout. Et toi, tu as des ailes. Équipe parfaite ! »
Lilyana sourit un peu. « D’accord. Mais… si on croise la sorcière ? »
Dans la forêt enchantée vivait une vieille sorcière, Madame Brumenoire. Elle aimait les choses brillantes. Et elle aimait surtout dire : « C’est à moi ! »
Grignotte haussa les épaules. « On sera malins. Et polis. Parfois, ça aide. »
Ils partirent sur un sentier de mousse. Lilyana éclairait avec une petite lumière au bout de son doigt. Grignotte reniflait le sol.
« Ça sent la poussière… et la confiture, » annonça la souris.
« La confiture ? » répéta Lilyana.
« Oui. Ça vient de là ! »
Ils arrivèrent près d’un buisson de mûres. Des gouttes violettes tombaient encore sur une pierre plate. Quelqu’un avait marché dans la confiture.
Grignotte posa une patte dedans. « Empreinte ! On suit. »
Les traces allaient vers un endroit plus sombre, où les arbres se serraient les uns contre les autres.
Lilyana avala sa salive. « C’est le chemin de Madame Brumenoire… »
À ce moment, un corbeau croassa au loin. Lilyana sursauta.
Grignotte chuchota : « Pas de panique. On avance doucement, comme des feuilles qui tombent. »
Ils arrivèrent devant une petite maison tordue, faite de bois gris. Des bouteilles pendaient et faisaient glou-glou quand le vent soufflait.
Sur le rebord de la fenêtre, Lilyana vit quelque chose qui brillait.
« Ma clochette ! » souffla-t-elle.
Mais la fenêtre s’ouvrit d’un coup. Madame Brumenoire apparut. Son chapeau avait un trou, et son nez pointait comme une carotte.
« Hmmm… une fée et une souris, » dit la sorcière. « Qu’est-ce qui vous amène ? »
Lilyana recula d’un battement d’ailes. Elle voulait se cacher derrière une feuille. Mais Grignotte s’avança.
« Bonjour, Madame, » dit la souris, très polie. « Nous cherchons une clochette brillante. Elle appartient à Lilyana. »
La sorcière prit la clochette entre ses doigts. Pling-pling ! Un rayon coloré sortit et lui passa sur la joue.
Madame Brumenoire cligna des yeux. « Oh… c’est joli. Donc c’est à moi maintenant. »
Lilyana sentit son ventre faire un nœud. Elle était timide, mais son cœur était brave.
Elle prit une grande respiration. « Madame Brumenoire… je comprends que vous aimiez les choses brillantes. Mais cette clochette est importante pour moi. Je la secoue quand j’ai peur. Elle me rassure. »
La sorcière fit : « Pff. Moi, je n’ai peur de rien. »
Grignotte leva une patte. « Même pas du silence ? »
« Du silence ? » répéta la sorcière.
Grignotte sourit. « Quand rien ne brille, rien ne chante, tout est… tout plat. C’est un peu triste, non ? »
Madame Brumenoire resta figée. On aurait dit qu’elle réfléchissait, très loin dans sa tête.
Lilyana eut une idée. Une idée douce.
« Je peux vous faire une autre lumière, » proposa-t-elle. « Pas la mienne. Une lumière pour votre fenêtre. Une lumière qui vous appartient. »
La sorcière plissa les yeux. « Tu peux ? Sans rater ? »
Lilyana rougit. « Je… je vais essayer. Lentement. »
Madame Brumenoire posa la clochette sur la table, mais sans la lâcher. « Montre. »
Lilyana ferma les yeux. Elle pensa à la forêt enchantée : aux lucioles, aux gouttes de rosée, aux pétales qui dansent. Elle souffla sur ses mains.
Une petite étincelle sortit. Puis deux. Puis une guirlande de mini étoiles, comme des miettes de ciel.
Elles se posèrent sur une ficelle devant la fenêtre de la sorcière. Elles faisaient un petit son : tin-tin-tin.
Grignotte applaudit avec ses pattes. « Oh ! C’est beau ! »
Madame Brumenoire resta bouche ouverte. Elle toucha une étoile du bout de l’ongle. Elle ne brûlait pas. Elle chatouillait.
« C’est… à moi ? » demanda la sorcière, surprise.
Lilyana hocha la tête. « Oui. Et si un jour vous avez peur du silence, vous pourrez les regarder. »
La sorcière toussota. « Je n’ai pas peur. Mais… bon. D’accord. »
Elle posa enfin la clochette dans les mains de Lilyana. « Tiens. Prends ton pling-pling. »
Lilyana serra fort sa clochette. « Merci, Madame Brumenoire. »
Grignotte ajouta : « Merci aussi de ne pas nous avoir transformés en soupe. »
La sorcière gronda : « Je ne fais pas de soupe de souris. Ça colle aux dents. »
Grignotte fit un petit rire. « Ouf ! »
Sur le chemin du retour, la forêt semblait moins sombre. Lilyana secoua sa Clochette-Arc-en-Lumière. Pling-pling ! Un arc de couleur glissa sur les troncs.
« Tu as été courageuse, » dit Grignotte.
Lilyana regarda ses mains. « Et toi, tu as été malin. Et poli. »
Quand ils arrivèrent au grand chêne, Lilyana eut une surprise. Au pied de l’arbre, il y avait une petite boîte, coincée entre deux racines.
« C’est quoi ? » demanda Grignotte.
Lilyana l’ouvrit. Dedans, il y avait des perles de rosée qui ne fondaient pas, comme de petits bonbons transparents. Et un ruban doré.
Un papier était glissé : Pour Lilyana, la fée qui sait partager la lumière.
Lilyana eut les joues toutes chaudes. « Un trésor ! »
Grignotte renifla. « Ça sent… la récompense. »
Lilyana attacha le ruban doré à sa clochette. Et elle garda les perles de rosée dans une petite poche, pour les jours où elle voudrait se sentir très forte.
Le soir, à la fenêtre du chêne, Lilyana fit pling-pling. Les couleurs dansèrent. Et, au loin, dans la maison tordue, on voyait aussi une guirlande d’étoiles qui brillait.
Dans la forêt enchantée, deux fenêtres étaient heureuses. Et une petite fée timide avait appris qu’avec une voix douce et une idée brillante, on peut retrouver ce qu’on a perdu… et gagner un trésor en plus.